Quinze ans après l'échec commercial et critique du film Green Lantern, la série Lanterns débarque sur HBO Max. Co-créée par Damon Lindelof, Chris Mundy et Tom King, elle entend réconcilier le public avec le super-héros au costume vert. La rédaction a pu voir sept des huit épisodes de la première saison, et le résultat surprend par son ambition et sa maîtrise.
Une licence longtemps considérée comme inadaptable
Green Lantern est un personnage secondaire du catalogue DC Comics, apparu pour la première fois en 1940. Sa mythologie repose sur un corps de gardiens intergalactiques, des anneaux surpuissants et une lanterne rechargeable. Cet univers touffu, mêlant science-fiction extraterrestre et récits policiers cosmiques, a longtemps semblé impossible à transposer à l'écran.
Il faut attendre 2011 pour voir Hollywood s'y frotter avec le blockbuster Green Lantern, réalisé par Martin Campbell et porté par Ryan Reynolds. Le film devait lancer une franchise, mais il a rapidement été perçu comme un nanar à cause d'effets spéciaux bon marché, d'un costume numérique raté et d'un scénario cousu de fil blanc. Ryan Reynolds lui-même s'est moqué de cette expérience dans les dialogues de Deadpool et de sa suite, transformant le personnage en repoussoir populaire.
Cet échec a laissé des traces. Pendant des années, l'idée d'adapter Green Lantern est restée taboue, d'autant que l'industrie voyait dans cette licence un risque trop élevé. C'est finalement HBO qui a décidé de relever le défi, avec une approche radicalement différente.
Un projet confié à des artisans de la série
Pour donner vie à Lanterns, HBO a fait appel à Damon Lindelof, l'un des créateurs de Lost et le showrunner de la très acclamée Watchmen. Lindelof a déjà prouvé qu'il savait adapter des comics réputés inadaptables, en y injectant une dimension politique et existentielle forte. Il est accompagné de Chris Mundy, également showrunner de la série, et de Tom King, scénariste de comics bien connu des lecteurs de DC.
La série compte huit épisodes pour cette première saison. Les deux premiers sont réalisés par James Hawes, dont le travail sur Slow Horses a été remarqué. Dès ces premiers chapitres, on sent une patte visuelle soignée, à l'opposé du style tape-à-l'œil du film de 2011.
Un duo de choc dans une petite ville américaine
Lanterns met en scène un Hal Jordan proche de la retraite, incarné par Kyle Chandler. Ce vétéran des Green Lantern, marqué par des années de service, est chargé de former son remplaçant, John Stewart, joué par Aaron Pierre. Les deux hommes débarquent à Rushville, dans le Nebraska, pour enquêter sur un meurtre mystérieux que Hal soupçonne d'être lié à une entité extraterrestre.
Sur place, ils croisent la route de Kerry, la shérif de la ville, interprétée par Kelly Macdonald. Ce personnage au caractère bien trempé ajoute une dimension humaine à une enquête qui dépasse rapidement les frontières de la petite bourgade. D'autres habitants hauts en couleur complètent ce tableau, et la ville elle-même recèle bien des secrets.
La dynamique entre Hal et John est le cœur de la série. Hal est drôle, peu fiable, menteur, charmant quand il le veut, mais surtout brisé par sa carrière de Green Lantern. John, lui, a été entraîné dès son plus jeune âge par ses parents pour devenir le prochain porteur de l'anneau. Il transpire la pression de celui qui doit constamment se surpasser pour mériter sa place. Ce duo mal assorti fonctionne comme un buddy movie, avec des accents de True Detective : une enquête sinueuse, une petite ville américaine opaque et une relation complice mais conflictuelle.
Une comparaison avec le film de 2011 vite évacuée
La comparaison entre la série et le film de 2011 est inévitable, puisqu'il s'agit des deux seules adaptations en prises de vue réelles de Green Lantern. On peut toutefois ajouter l'apparition de Nathan Fillion en Guy Gardner, un autre Green Lantern plus comique, dans le film Superman de James Gunn en 2025. Mais les visions artistiques des deux projets n'ont rien à voir.
Le film de 2011 était un blockbuster bourré d'effets spéciaux mal vieillis, avec un récit daté et des extraterrestres aux faciès grotesques. Lanterns se présente comme un blockbuster sériel contemporain, qui place la trajectoire émotionnelle de son duo au centre de tout. L'intrigue extraterrestre se dévoile par couches, dans différentes temporalités, et la série prend le temps d'installer ses mystères. Cette approche exigeante peut dérouter lors des deux premiers épisodes, un peu bavards, mais elle finit par porter ses fruits.
Une esthétique maîtrisée et des effets bien dosés
D'un point de vue visuel, Lanterns impressionne par sa sobriété. Les effets spéciaux sont d'excellente qualité et utilisés avec parcimonie : les scènes de vol de Hal, les objets ou animaux matérialisés par l'anneau, les séquences sur une autre planète. Pour éviter tout effet cheap, la série choisit de représenter les personnages extraterrestres sous des formes humaines, ce qui renforce leur proximité avec le public.
Le costume du Green Lantern, sobre et sombre, est à l'image de Hal Jordan : un peu usé. Il devrait d'ailleurs alimenter de nombreuses discussions entre fans. La réalisation de James Hawes pour les deux premiers épisodes est extrêmement soignée, avec un sens du cadre et de la lumière qui sert une ambiance à la fois intime et inquiétante.
La politique au cœur du mythe
Au-delà de son intrigue de science-fiction, Lanterns assume une dimension politique forte. Pour devenir un Green Lantern, il faut être « sans peur ». Mais la série montre, à travers le personnage de John Stewart, que ne pas avoir peur est un privilège d'homme blanc. En tant qu'homme noir ayant grandi aux États-Unis, John a bien plus de raisons que Hal d'avoir peur. Cette réflexion sur le racisme systémique est portée par Damon Lindelof, qui a notamment fait appel au scénariste noir Justin Britt-Gibson dans la salle d'écriture.
Ce thème résonne directement avec Watchmen, précédente série de Lindelof, qui interrogeait déjà la place des minorités dans l'histoire américaine. Lanterns explore aussi les rapports entre pères et fils, ainsi que le mentorat masculin, à travers la relation entre Hal et John, mais aussi celle entre Hal et Sinestro, l'ancien Green Lantern déchu interprété par Ulrich Thomsen. Les personnages féminins ne sont pas en reste : la shérif Kerry, Zoe, la mystérieuse femme d'un riche rancher, ou encore Bernadette, la mère de John déterminée à ce que son fils brise le plafond de verre.
Une remise en cause du super-héros américain
La série bouscule également l'image traditionnelle du super-héros américain. Hal Jordan, qui refuse avec panache de passer le relais à la génération suivante, incarne une forme de conservatisme qui peut mener à la perte. Cette ambiance diffuse de fin du monde colle parfaitement à notre époque.
En 2026, on n'idolâtre plus les super-héros comme avant. La majorité d'entre eux ont longtemps été des personnages masculins blancs d'un certain âge, et les États-Unis eux-mêmes ne suscitent plus la même admiration. Lanterns en tire une relecture maligne et politique, qui prend le contre-pied du récit héroïque classique.
En définitive, Lanterns réussit là où le film de 2011 avait échoué : elle délaisse le spectaculaire creux pour une approche intime et incarnée. Le mystère est installé avec patience, les thèmes politiques sont assumés, et le duo Chandler-Pierre porte une série qui s'impose déjà comme l'une des plus passionnantes de l'univers DC. Cette première saison mérite pleinement la note de 9/10, tant elle convainc par sa densité, son esthétique et son intelligence.
Source:MSN News
