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The Weeknd vs. Abel Tesfaye

Oct 23, 2026  Twila Rosenbaum 4 views
The Weeknd vs. Abel Tesfaye

The Weeknd vs Abel Tesfaye : les deux visages d’une pop star

Abel Tesfaye et The Weeknd ne sont pas tout à fait la même personne. Derrière le personnage de pop star planétaire, capable de remplir les stades et d’enchaîner les tubes, se cache un homme discret, poli, amateur de longues promenades et de nuits de sommeil réparatrices. C’est cette dualité que l’artiste explore avec une franchise inhabituelle, au fil d’un entretien où il parle de sa carrière, de ses doutes, de ses excès passés et de son envie de fonder une famille.

Les faits clés

  • Abel Tesfaye, connu sous le nom de The Weeknd, distingue clairement l’homme privé du personnage public.
  • Il explique que The Weeknd est la personne qu’il est quand il travaille, tandis qu’Abel est celui qu’il retrouve chez lui.
  • Il compare cette dualité à Dr Jekyll et Mr Hyde, en suggérant que The Weeknd serait plutôt Mr Hyde.
  • Il affirme que sa musique est sombre, mais que lui-même ne l’est pas.
  • Il raconte ses débuts anonymes et son travail dans un magasin de vêtements au moment où sa première chanson circulait.
  • Il revient sur l’origine du nom The Weeknd, d’abord titre de sa première mixtape.
  • Il défend Kiss Land, album qu’il considère comme le plus sincère, le plus nu et le plus vulnérable de sa discographie.
  • Il décrit My Dear Melancholy comme une forme de thérapie, notamment portée par la scène et par la réaction du public.
  • Il évoque sa brouille avec les Grammys et assure ne plus vouloir y participer.
  • Il confirme avoir tourné la page du personnage d’After Hours, notamment après le Super Bowl.
  • Il dit avoir changé d’avis sur la paternité et souhaiter avoir des enfants.
  • Il raconte son admiration pour Michael Jackson et affirme vouloir avant tout rester le premier The Weeknd.

Abel et The Weeknd, deux entités distinctes

La différence entre Abel Tesfaye et The Weeknd a longtemps été floue. Avec le temps, l’artiste dit avoir compris que les deux entités répondaient à des moments différents de sa vie. Abel est celui qui rentre chez lui le soir. The Weeknd est celui qui se présente au travail, sur scène, dans les interviews et dans l’imaginaire du public. Cette séparation n’est pas une coquetterie d’artiste : elle lui permet de protéger une part de lui-même tout en nourrissant un personnage capable de porter les excès, la noirceur et les fantasmes de la pop.

Interrogé sur cette frontière, il convoque la figure de Dr Jekyll et Mr Hyde. Abel peut avoir un côté badass, reconnaît-il, mais c’est surtout The Weeknd qui incarne la part la plus trouble, la plus spectaculaire, la plus excessive. Cette comparaison résume bien la façon dont il envisage sa carrière : comme une exploration de deux identités qui se répondent sans jamais totalement fusionner.

Une voix née à Toronto

Abel Tesfaye raconte avoir toujours voulu chanter, y compris dans des contextes où cela lui causait des ennuis. Enfant, il chantait en classe, à table, partout. Ce n’est pas tant la reconnaissance qui le motivait que le besoin viscéral de produire du son. C’est un ami proche, La Mar, qui l’a encouragé à tenter sa chance dans une émission de télé-crochet. Il ne l’a jamais fait, mais l’idée a fait son chemin.

Avant la célébrité, il a travaillé dans un magasin de vêtements. Un jour, alors qu’il pliait des habits, un collègue a diffusé l’une de ses chansons sans savoir qu’il en était l’interprète. Abel a écouté les réactions autour de lui, observé les visages, guetté les commentaires. Cette expérience illustre ce qu’il appelle la « réaction pure » : un public qui ne sait rien de l’artiste et qui juge seulement la musique. À ce moment-là, il a compris que quelque chose était possible.

Le nom, l’anonymat et la réaction pure

Le nom The Weeknd vient d’abord d’un titre de projet. Sa première mixtape devait s’appeler The Weekend, et il l’avait signée sous le nom d’Abel. Mais il n’aimait pas trop son prénom à l’époque. Il a donc transformé l’orthographe et adopté The Weeknd comme nom d’artiste. Aujourd’hui, il avoue aimer ce nom un peu moins qu’avant, tout en appréciant l’idée de pouvoir s’en détacher un jour. Il dit aussi adorer son vrai prénom, Abel, et constater que ses fans l’appellent souvent simplement ainsi.

À ses débuts, il a tenu à rester anonyme. Personne ne savait à quoi il ressemblait lorsque House of Balloons est sorti. Il y voyait un avantage : le public pouvait réagir à la musique sans préjugés, sans être influencé par l’image de l’artiste. Dans un genre comme le R&B, où l’apparence joue un rôle important, cette invisibilité lui a permis de laisser la voix et les chansons parler d’abord.

Kiss Land, l’album le plus vulnérable

L’artiste revient longuement sur Kiss Land, souvent perçu comme un album plus discret dans sa discographie. Il refuse pourtant l’idée d’un disque imposé par une maison de disques ou d’un projet moins personnel. Pour lui, Kiss Land est au contraire un album très sincère, né d’une période d’épuisement, de tournées et de découvertes. Il rappelle qu’il n’avait jamais quitté Toronto avant ses 21 ans, qu’il n’avait jamais pris l’avion, et que la tournée l’a projeté brutalement dans un autre monde.

Il raconte aussi l’avertissement d’un figure de l’industrie, qui lui avait dit qu’il serait très difficile de terminer un album sur la route. Kiss Land est le produit de cette tension : un disque imparfait, parfois déroutant, mais qui reflète l’état d’un jeune homme submergé par les informations, les voyages et les attentes. Il le décrit comme son album le plus nu, le plus impudique, celui où il montre ses failles sans chercher à les masquer.

My Dear Melancholy et la guérison par la scène

Avec My Dear Melancholy, l’artiste dit avoir cherché une forme de thérapie. Ce projet court, composé de six chansons, ne contenait que ce qu’il avait à dire à ce moment-là. Il savait exactement quel son il voulait, quels mots il devait employer, et il n’avait pas besoin d’en faire davantage. La scène a joué un rôle essentiel dans ce processus : entendre des dizaines de milliers de personnes reprendre Call Out My Name lui a offert une forme de soulagement.

Pour lui, la guérison ne commence pas seulement au moment de l’écriture. Elle prend une autre dimension quand le public entend la chanson et se l’approprie. Une chanson devient réelle lorsqu’elle est partagée. C’est cette confrontation avec l’extérieur qui donne un sens à l’exercice, comme si la musique permettait de transformer une blessure intime en expérience collective.

Les Grammys, la colère et le refus de recommencer

L’absence d’After Hours dans les nominations aux Grammys avait provoqué une vive réaction de l’artiste, qui avait alors dénoncé une forme de corruption. Avec le recul, il explique que cette décision l’a d’abord rendu en colère, triste et incompris. Mais il assure aujourd’hui ne plus vouloir savoir ce qui s’est réellement passé dans le jury. Il ne souhaite plus participer à ces conversations, car les récompenses ne sont pas ce qui le motive.

Il affirme clairement qu’il ne soumettra plus sa musique aux Grammys. Il ne cherche pas à faire mieux pour obtenir leur reconnaissance, mais pour lui-même. Cette position traduit une forme de détachement à l’égard de l’industrie des prix, sans remettre en cause son ambition artistique. Pour lui, le succès se mesure aussi à l’envie de continuer, de créer encore et de se dépasser.

After Hours, Super Bowl et la fin d’un chapitre

Le personnage d’After Hours, avec son blazer rouge, ses bandages et son esthétique hollywoodienne hantée, a marqué une étape importante. L’artiste explique qu’il a voulu montrer une facette sombre de Los Angeles, une ville capable d’abîmer ceux qui y vivent. Ce n’était pas seulement une tenue ou un clip : c’était une vision, celle du Hollywood vécu par The Weeknd, pas par Abel.

Le Super Bowl a servi de clôture à ce chapitre. Il dit avoir ressenti une forme de soulagement en terminant cette ère, tout en reconnaissant l’intensité émotionnelle de l’expérience. Il conserve une vingtaine de blazers rouges, dont celui du spectacle. Cette accumulation matérielle rappelle que le personnage a existé, qu’il a eu un impact, mais qu’il appartient désormais au passé.

Un nouvel album pensé pour faire danser

Le prochain disque, encore en cours de finalisation, est décrit comme un projet de fête. Pas une fête nostalgique ou passéiste, pas un cosplay des années disco, mais une musique qui frappe, qui transpire et qui donne envie de danser. L’artiste parle d’une rencontre entre l’élégance de Quincy Jones et l’énergie de Giorgio Moroder, avec des morceaux capables d’illuminer une piste de danse. Il affirme qu’il s’agit de l’album qu’il a toujours rêvé de faire.

Cette nouvelle direction ne renie pas sa noirceur passée. Elle montre plutôt une autre facette de son ambition : faire de la pop physique, immédiate, généreuse, sans perdre la précision de son écriture. L’artiste dit éprouver une excitation rare à l’idée de sortir ce projet, et cette impatience est pour lui le signe que le disque fonctionne.

Cinéma, collaborations et admiration

Le cinéma occupe une place importante dans sa vie. Il confie avoir toujours été passionné par les films et aimerait passer derrière la caméra quand le bon projet se présentera. Il cite Audition de Takashi Miike comme un film marquant de la période où il commençait la musique. Il avoue aussi que, s’il pouvait incarner un rôle déjà existant, il choisirait Neo dans Matrix, un film qui a changé sa vie.

Parmi ses collaborations rêvées, il mentionne Arca, dont il admire le travail, mais aussi Kanye West, surtout pour la production. Il parle avec affection de Tyler, The Creator, qu’il décrit comme drôle et expressif, incapable de cacher ses émotions. Il se souvient de l’avoir vu attendre avec impatience qu’il chante Starboy, puis réagir avec un enthousiasme presque nerveux. Il évoque également Tom Cruise reprenant Can’t Feel My Face, un moment qui l’a stupéfait.

Sobriété, famille et trentaine

L’artiste revient sur son rapport aux drogues et à l’alcool. Il ne se décrit pas comme totalement sobre, mais comme quelqu’un qui boit occasionnellement et qui a tourné la page de ses excès. Les drogues étaient une béquille, une illusion de besoin. Il dit avoir travaillé à comprendre qu’il pouvait vivre sans elles et remercier le ciel d’avoir pu s’en éloigner. Il reconnaît que cette lutte est difficile pour beaucoup de personnes et mesure la chance qu’il a eue.

Il confie aussi avoir changé d’avis sur la paternité. Longtemps, il a dit ne pas vouloir d’enfants. Aujourd’hui, il explique vouloir fonder une famille, sans savoir exactement comment cela influencera sa musique. Il imagine déjà devoir expliquer un jour à ses enfants ses textes les plus explicites, et il assume : ce sera leur père, avec son art et son histoire. À 31 ans, il dit ne manquer de rien, tout en gardant le souvenir de moments simples, comme cette fête d’anniversaire avant le confinement, ou ce petit-déjeuner improvisé avec Jim Carrey, son voisin, avec qui il partage une passion pour les télescopes.

Michael Jackson, l’héritage et le nom

Les comparaisons avec Michael Jackson reviennent souvent. Abel Tesfaye dit comprendre pourquoi elles existent, et reconnaît qu’elles ont d’abord été flatteuses. Mais avec le temps, il a pris ses distances avec l’idée de succéder à une icône. Il admire Michael Jackson, au point de ne pas le considérer tout à fait comme une personne réelle. Il sait ce que ce statut représente pour un jeune musicien, mais il préfère se concentrer sur sa propre identité artistique.

Il rappelle que Michael Jackson lui-même s’inspirait de James Brown, et qu’il ne sert à rien de vouloir copier une filiation. Sa conclusion est simple : il est heureux d’être le premier The Weeknd. Cette phrase résume sa position : reconnaître l’héritage, admirer les maîtres, mais refuser de se définir uniquement par rapport à eux. Abel Tesfaye peut porter The Weeknd sur scène ; il n’a pas l’intention de laisser le personnage effacer l’homme.


Source:GQ France News


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