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Sommet mondial du tourisme: Justin Trudeau monte sur scène et écorche les États-Unis

Oct 12, 2026  Twila Rosenbaum 11 views
Sommet mondial du tourisme: Justin Trudeau monte sur scène et écorche les États-Unis

L’ancien premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a pris la parole lors du Sommet mondial sur le tourisme et le voyage, qui s’est tenu la semaine dernière à La Valette, sur l’île de Malte. L’événement, organisé par le Conseil mondial du voyage et du tourisme, a réuni des responsables politiques, des dirigeants d’entreprise et des experts du secteur pour discuter des grandes tendances qui façonnent l’industrie touristique mondiale. Mais c’est surtout l’intervention de Justin Trudeau qui a retenu l’attention, en raison de ses remarques à peine voilées à l’endroit des États-Unis et de la gouvernance de Donald Trump.

Selon les observateurs présents, l’ancien dirigeant canadien a visiblement saupoudré son discours de coups de coude envers Washington. Sur scène, pour parler de la recette de la réussite du tourisme, il a partagé deux leçons à retenir : « l’ouverture sur le monde et l’établissement de bonnes relations ». Il a ajouté que l’importance du bien-être des visiteurs dans un pays se produit, selon lui, « lorsqu’un pays s’engage sur la voie de l’ouverture », en d’autres mots, le contraire de ce que plusieurs accolent à la gouvernance actuelle des États-Unis.

« Il ne s’agit pas seulement des paysages, des prix et des coûts. Il s’agit aussi de la réputation, de l’atmosphère d’un lieu, de la qualité de l’accueil », a déclaré Justin Trudeau. Cette phrase résume à elle seule sa vision du tourisme : une activité qui ne repose pas uniquement sur des attraits naturels ou des tarifs compétitifs, mais aussi sur l’image que projette un pays et sur la manière dont il traite les étrangers.

Invité à se mouiller

Justin Trudeau n’a pas teinté son discours ainsi à partir de sa seule volonté. On l’a questionné pour en arriver à toucher au « sujet » qui fâche. Sur scène, il a été interrogé sur les relations entre le Canada et les États-Unis, ce à quoi il a indiqué que « les Canadiens étaient plus réticents à voyager aux États-Unis ces dernières années en raison de l’attitude du président Donald Trump ».

Monsieur Trudeau s’est dit déplorer la tendance actuelle des gouvernements à encourager la méfiance ou l’opposition envers le reste du monde. En d’autres mots, un peu beaucoup ce que plusieurs accolent à la gouvernance actuelle des États-Unis, entre autres. « Le tourisme peut favoriser l’ouverture », a affirmé Justin Trudeau. « Les bonnes relations sont essentielles », a-t-il ajouté, précisant que le succès « réside dans le maintien du dialogue avec les autres dirigeants ».

Interrogé sur ses recommandations aux touristes visitant le Canada, il a déclaré : « Ce qu’il y a de mieux au Canada, ce sont les Canadiens », et a suggéré Montréal, sa ville natale, comme destination à visiter. Une manière de vanter le capital humain et l’accueil canadien, tout en évitant de s’enfermer dans un discours purement promotionnel.

Écorché à son tour

Également présent à ce Sommet, l’envoyé spécial du président américain pour le tourisme, Nick Adams, a lui aussi écorché le Canada. Il a déclaré aux délégués présents que les gouvernements devraient s’abstenir d’instrumentaliser le tourisme dans les différends commerciaux. « Assez de ces absurdités et concentrons-nous sur les affaires », a-t-il lancé. « Ce n’est pas de la diplomatie. Ce n’est pas de l’esprit sportif. Ce n’est pas productif. C’est mal. C’est malveillant et indigne d’une nation civilisée. »

Cette réponse cinglante a jeté un froid sur les échanges, alors que le sommet se voulait plutôt consensuel. Elle illustre à quel point le tourisme est devenu un terrain d’affrontement politique, au même titre que le commerce ou la diplomatie. Les deux interventions, celle de Trudeau et celle d’Adams, montrent que les questions de mobilité, d’accueil et d’image nationale sont désormais inextricablement liées aux rapports de force géopolitiques.

Le poids économique du tourisme

Le tourisme représente l’un des secteurs les plus dynamiques de l’économie mondiale. Avant la pandémie, il comptait pour environ 10 % du produit intérieur brut mondial et soutenait des centaines de millions d’emplois, directs et indirects. La reprise post-Covid a été spectaculaire dans de nombreuses régions, mais elle reste fragile, exposée aux chocs politiques, aux crises sanitaires et aux tensions commerciales. Dans ce contexte, les déclarations des dirigeants peuvent avoir des conséquences bien réelles sur les flux de voyageurs.

Les États-Unis et le Canada entretiennent l’une des relations touristiques les plus intenses au monde. Des millions de Canadiens se rendent chaque année aux États-Unis pour affaires, tourisme ou pour rendre visite à des proches. Inversement, les voyageurs américains constituent une clientèle majeure pour les villes canadiennes. Toute perturbation de ce corridor, qu’elle soit liée à des tarifs douaniers, à des contrôles frontaliers renforcés ou à un climat politique délétère, peut entraîner des pertes économiques significatives des deux côtés de la frontière.

Les propos de Justin Trudeau font écho à une tendance observée depuis plusieurs années : les voyageurs sont de plus en plus sensibles à l’environnement politique et social des destinations qu’ils choisissent. Un pays perçu comme fermé, hostile ou imprévisible peut voir sa fréquentation baisser, même si ses paysages ou ses prix restent attractifs. À l’inverse, une nation qui cultive une image d’ouverture et d’hospitalité peut tirer profit de cette réputation pour attirer des visiteurs et des investissements.

Contexte politique et relations canado-américaines

Justin Trudeau a dirigé le Canada de 2015 à 2025, une période marquée par des relations complexes avec les États-Unis. Il a connu le premier mandat de Donald Trump, les renégociations de l’ALENA devenues l’Accord Canada–États-Unis–Mexique, puis les tensions commerciales autour de l’acier et de l’aluminium. Plus récemment, les menaces de tarifs douaniers et les déclarations controversées du président américain ont contribué à refroidir le climat entre Ottawa et Washington. Dans ce contexte, les remarques de l’ancien premier ministre au sujet de la réticence des Canadiens à voyager aux États-Unis ne sont pas anodines.

Elles s’inscrivent dans un discours plus large sur l’importance de l’ouverture et du multilatéralisme, des valeurs que Justin Trudeau a souvent défendues sur la scène internationale. Pour lui, le tourisme n’est pas seulement une industrie : c’est un vecteur de rapprochement entre les peuples, un outil de diplomatie douce qui peut apaiser les tensions et créer des ponts. À l’inverse, une politique de repli et de méfiance peut nourrir les préjugés et freiner les échanges.

La réponse américaine et ses implications

La réplique de Nick Adams, envoyé spécial pour le tourisme, montre que la partie américaine ne compte pas laisser de telles critiques sans réponse. En appelant les gouvernements à ne pas instrumentaliser le tourisme dans les différends commerciaux, il renvoie dos à dos les deux pays et suggère que les considérations politiques ne devraient pas interférer avec les affaires. Son ton virulent, cependant, contredit quelque peu ce message de neutralité. En qualifiant les propos ou les actions visées de « malveillantes » et « indignes d’une nation civilisée », il politise lui-même le débat.

Cette passe d’armes intervient alors que le secteur touristique mondial cherche à se remettre des années de pandémie et à faire face à de nouveaux défis : changement climatique, surtourisme, pénurie de main-d’œuvre, transformation numérique. Les gouvernements sont tentés d’utiliser le tourisme comme levier économique et comme outil de soft power. Mais ils risquent aussi d’en faire les frais si les tensions politiques finissent par décourager les voyageurs.

Les leçons du sommet

Le Sommet mondial sur le tourisme et le voyage de La Valette restera sans doute dans les annales comme un moment où les clivages politiques ont éclipsé les discussions techniques. Les participants ont pu débattre de durabilité, d’innovation et de compétitivité, mais l’échange entre Justin Trudeau et Nick Adams a rappelé que le tourisme est profondément ancré dans les relations internationales. La façon dont un pays traite ses visiteurs, dont il parle de ses voisins et dont il se positionne sur la scène mondiale a un impact direct sur son attractivité.

Pour les professionnels du secteur, la principale interrogation reste de savoir comment naviguer dans cet environnement politique instable. Les agences de voyage, les compagnies aériennes et les hôteliers doivent composer avec des décisions qui échappent à leur contrôle, tout en répondant aux attentes des clients. Certains opérateurs choisissent de mettre en avant des destinations perçues comme neutres ou accueillantes, tandis que d’autres misent sur la fidélité de leur clientèle.

Les propos de Justin Trudeau et la réaction de Nick Adams illustrent une réalité simple : le tourisme n’est plus seulement une question de paysages, de prix et de coûts. Il est aussi une question de réputation, d’atmosphère et de relations. Tant que les gouvernements utiliseront les voyages comme monnaie d’échange politique, les voyageurs continueront d’en subir les conséquences, et les destinations les plus ouvertes seront probablement celles qui tireront leur épingle du jeu.


Source:Open Jaw Québec News


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