
Jack Ma, le fondateur emblématique du groupe Alibaba, a annoncé son départ imminent de la présidence de l'entreprise qu'il a cofondée en 1999. Cette décision, loin de marquer une fin, ouvre selon lui une nouvelle ère dédiée à la philanthropie, notamment dans l'éducation. Ce retrait intervient alors que Jack Ma, âgé de 54 ans, est considéré comme l'une des figures les plus influentes du commerce mondial.
Un parcours hors du commun
L'histoire de Jack Ma est celle d'une ascension fulgurante. Né en 1964 à Hangzhou, en Chine, il grandit dans une famille modeste où son père avait du mal à subvenir aux besoins des siens. Dès son plus jeune âge, il se passionne pour l'anglais et devient guide touristique bénévole pour pratiquer la langue auprès des étrangers. Cette persévérance lui permet de décrocher un poste de professeur d'anglais à l'université après l'obtention de son diplôme.
Mais Jack Ma ne se contente pas de l'enseignement. En 1995, il découvre Internet lors d'un voyage aux États-Unis. Fasciné par le potentiel de ce réseau, il rentre en Chine déterminé à créer une présence en ligne pour les entreprises chinoises. Avec un groupe d'amis, il lance plusieurs projets Internet, dont China Pages, l'un des premiers sites web chinois. Malgré les échecs et les difficultés de financement, sa vision reste intacte.
La naissance d'Alibaba
En 1999, dans un appartement de Hangzhou, Jack Ma réunit 17 amis et lève 60 000 dollars pour fonder Alibaba.com. La plateforme vise à mettre en relation les entreprises chinoises avec des acheteurs internationaux. À une époque où le commerce électronique est balbutiant en Chine, Alibaba devient rapidement un acteur incontournable.
Sa stratégie s'appuie sur une connaissance approfondie des besoins locaux. Jack Ma comprend que les petites et moyennes entreprises chinoises ont besoin d'une solution simple et abordable pour exporter leurs produits. Alibaba leur offre une vitrine mondiale, sans les frais élevés des intermédiaires traditionnels.
Face aux géants américains
En 2003, Alibaba lance Taobao, une plateforme de vente entre particuliers, pour concurrencer eBay qui domine alors le marché chinois. eBay, avec ses ressources financières colossales, semble invincible. Mais Jack Ma mise sur une approche locale : Taobao est gratuit pour les vendeurs, contrairement à eBay qui facture des commissions. De plus, l'interface est adaptée aux habitudes chinoises, avec un système de messagerie instantanée et des options de paiement sécurisé via Alipay, lancé en 2004.
La confrontation est brutale. En 2006, eBay annonce son retrait de Chine, vaincu par un crocodile du Yangtsé, comme le dira Jack Ma. Cette métaphore illustre sa philosophie : mieux vaut être fort dans son environnement que d'essayer d'imiter les étrangers. La victoire de Taobao marque un tournant dans l'histoire du commerce électronique chinois.
Une innovation constante
Sous la direction de Jack Ma, Alibaba ne cesse de se diversifier. À Taobao et Tmall (pour les marques et les grandes surfaces) s'ajoutent des services de cloud computing (Alibaba Cloud), de logistique (Cainiao), de divertissement (Youku), et de finance (Ant Financial). Alipay, en particulier, révolutionne les paiements mobiles en Chine et devient un outil indispensable pour des centaines de millions d'utilisateurs.
Cette diversification reflète la vision de Jack Ma : créer un écosystème complet autour du commerce électronique, à l'image des géants de la Silicon Valley. Mais à la différence d'Amazon ou de Google, Alibaba opère dans un contexte chinois où l'État joue un rôle prépondérant. Jack Ma a su naviguer entre les réglementations et les attentes politiques tout en préservant une certaine indépendance.
Un patron hors normes
Jack Ma est connu pour son style décontracté et ses excentricités. En 2017, lors d'un gala interne, il s'était déguisé en Michael Jackson pour interpréter une chorégraphie. Ces moments de légèreté renforcent sa popularité auprès de ses 86 000 employés, mais aussi auprès du grand public chinois.
Malgré sa fortune personnelle estimée à 40 milliards de dollars selon Bloomberg, il affirme être resté le même homme qu'il y a quinze ans, lorsqu'il gagnait 20 dollars par mois. Cette humilité apparente, combinée à une ambition démesurée, a fait de lui une figure quasi mythique. Il se compare volontiers à Forrest Gump, le personnage candide mais persévérant du film éponyme.
Une succession préparée de longue date
Le départ de Jack Ma de la présidence d'Alibaba n'est pas une surprise. Il a préparé sa succession pendant des années, s'inspirant du modèle de Bill Gates, qui s'est retiré tôt de Microsoft pour se consacrer à la philanthropie. Le nouveau président, Daniel Zhang, est un fidèle qui a déjà dirigé l'entreprise avec succès lors des dernières années.
Jack Ma conservera un siège au conseil d'administration jusqu'en 2020, mais son implication opérationnelle sera réduite. Il souhaite se concentrer sur sa fondation, qui soutient des projets éducatifs, environnementaux et de santé. Sa passion pour l'éducation, rappelle-t-il, est antérieure à sa carrière d'entrepreneur.
L'héritage de Jack Ma
En quittant la présidence d'Alibaba, Jack Ma laisse derrière lui un empire qui pèse plus de 420 milliards de dollars en Bourse. Alibaba domine environ 60 % du marché chinois du commerce électronique et continue de croître à l'international. Mais l'héritage de Jack Ma dépasse le cadre économique.
Il incarne la réussite d'un entrepreneur chinois sur la scène mondiale, capable de rivaliser avec les plus grandes entreprises occidentales. Ses visions à long terme, comme celle de faire d'Alibaba une entreprise qui dure 102 ans (pour couvrir trois siècles), témoignent d'une ambition sans limites. Pourtant, il rappelle que le succès ne tient qu'à la persévérance et à la capacité à saisir les opportunités.
Les débuts modestes de Jack Ma, rejeté par les investisseurs américains en 1999, contrastent avec sa revanche éclatante en 2014 lors de l'introduction en Bourse d'Alibaba à Wall Street, la plus grande de l'histoire avec 25 milliards de dollars levés. Ce jour-là, il parade sur le parquet du New York Stock Exchange, symbole de la reconnaissance internationale.
Aujourd'hui, alors qu'il tourne la page, Jack Ma entend écrire un nouveau chapitre philanthropique. Son exemple inspire une génération d'entrepreneurs chinois qui osent rêver grand. Mais il met en garde : la clé du succès n'est pas seulement la richesse, mais la capacité à rester humble et à se souvenir de ses origines. Comme il le dit souvent, "je suis toujours le même type qu'il y a quinze ans, quand je gagnais 20 dollars par mois".
Source:Le Quotidien News
