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IA : Salman Khan, le prof qui veut changer l'éducation

Jul 11, 2026  Twila Rosenbaum 11 views
IA : Salman Khan, le prof qui veut changer l'éducation

Salman Khan, né il y a 48 ans à La Nouvelle-Orléans, est aujourd'hui une figure incontournable de l'éducation numérique. Fils d'une mère indienne de Calcutta et d'un père bangladais, il porte le même nom qu'une célébrité du cinéma indien, mais sa renommée vient de tout autre chose : il a fondé la Khan Academy, une plateforme de tutorat en ligne gratuite, adoptée par plus de 150 millions d'apprenants dans le monde. Son parcours, digne d'une « business story », commence en 2005, lorsqu'une lointaine nièce de 12 ans lui demande de l'aide pour ses cours de maths. Analyste financier dans un hedge fund à l'époque, il commence par lui donner des leçons au téléphone, puis en enregistrant des vidéos qu'il publie sur YouTube. Très vite, ces cours rencontrent un succès viral grâce à leur clarté et à leur efficacité.

En 2006, Salman Khan quitte son emploi pour se consacrer entièrement à ce projet, qui deviendra officiellement la Khan Academy, une organisation à but non lucratif. La plateforme propose des milliers de vidéos couvrant les mathématiques, les sciences, l'histoire, l'économie, et bien plus encore. Chaque leçon est structurée de manière à permettre à l'étudiant de progresser à son propre rythme, avec des exercices interactifs et un suivi personnalisé. L'approche pédagogique de Khan, centrée sur la maîtrise des concepts fondamentaux avant de passer à des sujets plus complexes, a séduit des millions d'utilisateurs à travers le monde, faisant de lui le « professeur du monde ».

L'essor de Khan Academy et le soutien de Bill Gates

Le succès de Khan Academy a rapidement attiré l'attention de philanthropes et d'investisseurs. Bill Gates, dont les propres enfants ont appris l'algèbre grâce à la plateforme, a été un soutien décisif. En 2010, la Fondation Bill et Melinda Gates a accordé une subvention de 1,5 million de dollars à l'organisation, permettant d'étendre ses programmes et de développer de nouvelles fonctionnalités. Ce financement a contribué à faire de Khan Academy une ressource éducative mondiale, utilisée dans les écoles, les universités et par les autodidactes. La plateforme a également été intégrée dans des systèmes éducatifs nationaux, notamment aux États-Unis, en Inde et dans plusieurs pays d'Europe.

Au fil des années, Khan Academy a évolué pour inclure des outils d'intelligence artificielle, visant à personnaliser encore davantage l'apprentissage. En 2023, Salman Khan a lancé Khanmigo, une application de tutorat basée sur l'IA, saluée par Bill Gates comme une avancée majeure. Khanmigo agit comme un assistant virtuel intelligent, capable de répondre aux questions des élèves, de fournir des explications détaillées et de s'adapter au niveau de compréhension de chaque apprenant. Contrairement aux chatbots traditionnels, Khanmigo est conçu pour ne pas donner directement les réponses, mais pour guider l'élève vers la solution, favorisant ainsi un apprentissage actif.

Le nouveau livre de Salman Khan : un manifeste techno-optimiste

Cette innovation s'inscrit dans la philosophie plus large de Khan, qu'il détaille dans son nouveau livre, publié en 2024. L'ouvrage, intitulé « Brave New Words: How AI Will Revolutionize Education », est un essai résolument techno-optimiste. Khan y plaide pour une intégration massive de l'IA dans l'éducation, arguant que cette technologie peut combler les lacunes des systèmes traditionnels, offrir un accès équitable à un enseignement de qualité et libérer le potentiel de millions d'étudiants. Il s'appuie sur des exemples concrets, comme l'utilisation de Khanmigo dans des classes pilotes, où les élèves ont montré des progrès significatifs en mathématiques et en lecture.

Le livre a été bien accueilli par la critique, et plusieurs experts en éducation saluent la vision de Khan, tout en soulevant des questions éthiques sur la dépendance à l'IA, la protection des données et l'impact sur le rôle des enseignants. Khan répond à ces préoccupations en proposant un cadre réglementaire et en insistant sur la nécessité d'une formation continue pour les professeurs. Pour lui, l'IA ne remplace pas l'enseignant, mais l'assiste, lui permettant de se concentrer sur les aspects humains de l'éducation : l'empathie, la créativité et le mentorat.

Salman Khan : un parcours inspirant et polyvalent

Avant de devenir un entrepreneur de l'éducation, Salman Khan a suivi un parcours académique brillant. Il a obtenu un baccalauréat en mathématiques et en informatique du Massachusetts Institute of Technology (MIT), puis un master en administration des affaires (MBA) de la Harvard Business School. Cette double compétence technique et managériale lui a permis de concevoir une plateforme à la fois pédagogiquement solide et techniquement robuste. Il a également été professeur à la Harvard Business School, où il a enseigné des cours sur l'innovation dans l'éducation.

Sa vie personnelle est marquée par un engagement fort envers l'éducation mondiale. Marié et père de deux enfants, Khan consacre la majeure partie de son temps à la Khan Academy, mais il intervient aussi régulièrement lors de conférences internationales, comme le Forum économique mondial de Davos. Son influence s'étend au-delà du monde éducatif : en 2023, il a été nommé l'une des 100 personnes les plus influentes par le magazine Time.

L'avenir de l'éducation avec l'IA : défis et perspectives

L'initiative de Khan s'inscrit dans un mouvement plus large de transformation numérique de l'éducation. De nombreuses startups et organisations développent des outils similaires, mais Khan Academy se distingue par son statut non lucratif et son engagement à rester gratuit pour les utilisateurs. Ce modèle a permis une adoption massive, en particulier dans les pays en développement, où l'accès à l'éducation de qualité est limité. Par exemple, en Inde, Khan Academy est utilisée dans plus de 10 000 écoles, et des partenariats ont été conclus avec des gouvernements pour intégrer la plateforme dans le programme scolaire.

Cependant, le chemin vers une éducation universelle assistée par l'IA est semé d'obstacles. Les inégalités numériques persistent, et la fracture entre ceux qui ont accès à Internet et ceux qui n'en ont pas reste un problème majeur. Khan reconnaît ce défi et milite pour des investissements dans les infrastructures numériques, l'électrification et la formation des enseignants. Par ailleurs, la question de la qualité des contenus générés par l'IA est cruciale : si Khanmigo est programmé pour être précis et bienveillant, d'autres outils pourraient propager des informations erronées ou des biais. Khan appelle donc à une régulation éthique de l'IA dans l'éducation.

Les chiffres clés de Khan Academy

Aujourd'hui, Khan Academy propose plus de 10 000 vidéos éducatives, traduites en 36 langues, et ses exercices interactifs sont utilisés dans plus de 190 pays. Environ 150 millions d'apprenants y ont recours chaque année, avec une progression moyenne de 10 à 15 % des scores aux tests standardisés chez les élèves qui l'utilisent régulièrement. La plateforme couvre des sujets allant de la maternelle à l'université, et inclut des domaines émergents comme la programmation informatique et l'économie.

Khan Academy a également développé des outils pour les enseignants, leur permettant de suivre les progrès de leurs élèves en temps réel et d'identifier les difficultés. Ces fonctionnalités sont particulièrement appréciées dans les classes hétérogènes, où chaque élève a un rythme d'apprentissage différent. L'IA de Khanmigo ajoute une couche supplémentaire d'adaptation, en proposant des chemins d'apprentissage personnalisés et en générant des exercices spécifiques aux besoins de chaque étudiant.

L'impact de Salman Khan sur l'éducation traditionnelle

L'influence de Khan dépasse sa plateforme. Il a popularisé le concept de « classe inversée » où les élèves regardent les leçons à la maison et font les exercices en classe, libérant du temps pour les discussions et les projets. Ce modèle a été adopté par des milliers d'écoles à travers le monde, modifiant le rôle de l'enseignant, qui devient un facilitateur plutôt qu'un simple transmetteur de connaissances. De plus, Khan a plaidé pour une approche de l'éducation basée sur la maîtrise (mastery learning), où les élèves ne passent à un sujet suivant qu'après avoir démontré une compréhension approfondie du précédent, contrairement au système traditionnel basé sur un temps d'apprentissage fixe.

Cette philosophie a été reprise par des réformateurs éducatifs comme Salman Khan lui-même, mais aussi par des institutions comme l'UNESCO, qui a salué le travail de Khan Academy dans le cadre de l'Objectif de développement durable 4 (éducation de qualité). En 2022, Khan a reçu le prix WISE pour l'innovation dans l'éducation, et en 2023, il a été nommé ambassadeur de bonne volonté pour l'éducation numérique par les Nations Unies.

Les défis éthiques de l'IA dans l'apprentissage

L'intégration de l'IA dans l'éducation soulève des questions éthiques importantes. La protection des données des élèves est primordiale, et Khan Academy assure que toutes les interactions avec Khanmigo sont anonymisées et conformes aux réglementations telles que le RGPD en Europe. Cependant, des inquiétudes persistent quant à la dépendance excessive des élèves à l'assistant IA, qui pourrait limiter leur capacité à résoudre des problèmes de manière autonome. Khan répond à ces critiques en soulignant que Khanmigo est conçu pour encourager la réflexion critique, en posant des questions de suivi plutôt qu'en donnant des réponses toutes faites.

Un autre défi est l'équité d'accès : les outils d'IA nécessitent souvent une connexion Internet stable et des appareils performants, ce qui n'est pas accessible à tous. Khan Academy travaille avec des partenaires locaux pour développer des versions hors ligne de la plateforme, et Khanmigo est également disponible via des applications mobiles légères. Malgré ces efforts, la fracture numérique reste un obstacle, surtout dans les zones rurales et les pays à faible revenu.

L'avenir de l'éducation selon Salman Khan

Dans son nouveau livre, Khan esquisse une vision où chaque enfant, où qu'il se trouve, aura accès à un tuteur personnel virtuel aussi performant que le meilleur professeur humain. Il imagine des salles de classe hybrides, où l'IA assiste l'enseignant pour les tâches répétitives, libérant du temps pour des interactions plus riches. Il prédit également que l'IA permettra de personnaliser l'éducation à une échelle jamais vue, en s'adaptant non seulement au niveau de connaissance, mais aussi aux intérêts et au style d'apprentissage de chaque élève.

Pour réaliser cette vision, Khan appelle à une collaboration entre les gouvernements, les entreprises technologiques et les éducateurs. Il insiste sur la nécessité de former les enseignants à l'utilisation de l'IA, de mettre en place des normes éthiques strictes, et de financer la recherche sur les impacts à long terme. Il voit également un rôle pour les organisations à but non lucratif comme la sienne, qui peuvent expérimenter sans la pression du profit.

Salman Khan continue de travailler activement à l'expansion de Khan Academy et de Khanmigo. En 2024, il a annoncé un partenariat avec OpenAI, la société derrière ChatGPT, pour améliorer encore les capacités de son tuteur IA. Ce partenariat vise à rendre Khanmigo plus conversationnel et plus contextuel, capable de comprendre les questions complexes en langage naturel. Les premiers tests montrent que les élèves qui utilisent Khanmigo progressent en moyenne deux fois plus vite que ceux qui utilisent uniquement les vidéos traditionnelles.

En parallèle, Khan Academy a lancé des programmes de formation pour les enseignants dans plusieurs pays, leur apprenant à intégrer l'IA dans leurs pratiques pédagogiques. Ces ateliers ont rencontré un franc succès, avec plus de 50 000 enseignants formés en 2023. Khan prévoit d'étendre ces formations à un million d'éducateurs d'ici 2030.

Finalement, Salman Khan reste convaincu que l'éducation est le meilleur investissement pour l'avenir de l'humanité. Son parcours, de l'analyste financier au pionnier de l'éducation numérique, illustre comment une idée simple – aider une nièce à faire ses devoirs – peut se transformer en un mouvement mondial. Avec l'IA comme nouvel outil, il entend bien continuer à changer l'éducation, une leçon à la fois.


Source:Les Echos News


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