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Comment Doja Cat a propulsé la pop dans une nouvelle dimension ?

Jul 13, 2026  Twila Rosenbaum 5 views
Comment Doja Cat a propulsé la pop dans une nouvelle dimension ?

Une enfance atypique

Fille d’une mère graphiste et peintre juive ashkénaze et d’un père acteur et producteur zoulou, Doja Cat, née Amala Ratna Zandile Dlamini, voit le jour en 1995 à Los Angeles. Peu après sa naissance, son père retourne vivre en Afrique du Sud, laissant sa fille et son frère dans une famille marquée par l’art. Elle est confiée à sa grand-mère maternelle, peintre et architecte, avec laquelle elle vit cinq ans à Rye, dans l’État de New York. Puis elle passe une grande partie de ses jeunes années dans un ashram, une communauté hindoue fondée par Alice Coltrane, la prêtresse du jazz extatique, dans les montagnes de Los Angeles, avec sa mère et son frère. L’épouse de John Coltrane l’initie au jazz avant-gardiste et au bhajan, une forme de dévotion musicale. Cette immersion spirituelle et musicale précoce a profondément marqué sa sensibilité artistique.

La transition est difficile lorsque sa famille déménage dans la banlieue majoritairement blanche d’Oak Park. « C’était vraiment dur pour moi par moments », admet Doja Cat, évoquant le racisme de ses camarades envers elle et son frère dans une interview au magazine Billboard. En dehors, elle s’adonne au skate, au surf et au breakdance, autant de disciplines qui forgent sa résilience. Sa tante, professeure de chant, l’aide à auditionner pour entrer dans un lycée dédié aux arts du spectacle de Los Angeles, où elle pourra développer ses talents vocaux. Mais l’adolescente sèche souvent les cours, scotchée devant l’écran où elle se livre à des « bagarres légères » dans des forums de discussion en ligne. « Les gens s’en prenaient à moi et utilisaient un langage horrible, vraiment horrible, et je ne comprenais vraiment pas pourquoi les gens étaient si déchaînés là-bas », raconte-t-elle au magazine Paper. Elle s’endurcit : « Je suis devenue celle qui faisait des blagues blessantes et qui faisait des choses un peu décalées. » Cette période difficile a façonné son caractère provocateur et son humour absurde, qui deviendront des marques de fabrique.

Une ascension fulgurante

Doja Cat abandonne les cours à 16 ans pour mener une vie « désordonnée », passant « toute la nuit et toute la journée » à naviguer sur le Web. Elle bidouille des morceaux sur GarageBand, enregistrant sa voix sur des beats dénichés sur YouTube, qu’elle partage ensuite sur SoundCloud. « J’étais sur mon matelas, par terre, avec une couverture sur la tête, et j’enregistrais avec le micro interne. C’était vraiment brouillon, mais les gens appréciaient », raconte-t-elle à Billboard. C’est à cette époque qu’elle fait ses premiers pas sur la scène hip-hop underground de Los Angeles et sort sur SoundCloud son premier single « So High », un « hymne downtempo et fumant » selon NPR. Le morceau séduit Kemosabe, un label de RCA Records, avec qui elle signe en 2013. Avec la sortie de son premier EP « Purrr ! » en 2014, elle est qualifiée de « prodige psychédélique de 18 ans » par le magazine Vibe.

Doja Cat intègre la culture du mème et du viral à son ADN artistique. « Mooo ! » – un délire viral où elle se filme en costume de vache – la propulse en 2018. Ce clip, tourné avec un budget quasi nul, devient un phénomène sur les réseaux sociaux et attire l’attention sur son premier album « Amala ». Celui-ci pose les bases de son univers, mais c’est l’album suivant, « Hot Pink » (2019), et son tube planétaire « Say So » qui la couronnent reine des charts. Ce titre, porté par une chorégraphie virale TikTok, devient un symbole du pouvoir des réseaux sociaux dans la musique pop. Ses titres suivants, comme « Kiss Me More » avec SZA, extrait de son troisième album « Planet Her » (2021), deviennent des trends mondiales parce que Doja Cat fournit une matière première fabriquée pour le partage : beats accrocheurs, mélodies entêtantes et sens aigu de la mise en scène. Un remix avec Nicki Minaj, un Grammy en poche pour « Planet Her », et la voilà incontournable.

Depuis, Doja Cat ne cesse d’enchaîner les collaborations prestigieuses : avec la chanteuse R’n’B SZA, la rappeuse Saweetie sur « Best Friend », ou encore la star électropop The Weeknd sur « You Right ». Chaque collaboration ajoute une nouvelle facette à son art, démontrant sa capacité à naviguer entre les genres : rap, R&B, pop, et même des incursions dans le rock ou la dance. Son cinquième album « Vie », sorti en 2025, confirme cette polyvalence, mêlant funk, hip-hop et expérimentations électroniques, et annonçant une tournée mondiale intitulée « Tour Ma Vie World Tour », avec deux dates en France : le 6 juin 2025 à la LDLC Arena de Lyon et le 9 juin à l’Accor Arena de Paris.

Une personnalité clivante

Son attitude provocante et ses interactions sans filtre sur les réseaux sociaux divisent profondément. Doja Cat a été au cœur de nombreuses controverses : anciens tweets homophobes, légitimation de l’extrême droite, emploi du n-word, ridiculisation des victimes de violences policières… Entre deux excuses plus ou moins maladroites, elle parvient étrangement toujours à s’en sortir, souvent en changeant de sujet ou en misant sur l’oubli numérique. En 2023, elle s’en prend à ses fans : « Je ne suis pas votre petite poupée », lâche-t-elle, avant de lancer : « Je ne vous aime pas, parce que je ne vous connais pas. » Elle dénigre aussi son propre travail, qualifié de « pop médiocre » et ses albums de « machines à frics », fustigeant ceux qui sont « tombés dans le panneau ». Une théorie émerge : « Scarlet », l’alter ego maléfique de son quatrième opus, serait la clé de ce comportement. Ce personnage, sombre et nihiliste, lui permet d’explorer des thèmes plus graves tout en conservant son humour grinçant.

Cette capacité à provoquer et à choquer fait partie intégrante de sa stratégie artistique. Doja Cat utilise la polémique comme un outil pour maintenir l’attention, mais aussi pour exprimer sa liberté de création. Elle refuse d’être enfermée dans une case, que ce soit celle de la rappeuse, de la chanteuse pop ou de l’icône féministe. « Je fais ce que je veux, quand je veux », résume-t-elle. Cette attitude lui vaut autant d’admirateurs que de détracteurs, mais elle la maintient au centre du débat culturel.

Une artiste caméléon

Doja Cat est une artiste qui refuse de stagner. À la manière de David Bowie, son sens de la mode, de la transformation et de la provocation constituent un manifeste en soi. Sa mère et sa grand-mère, toutes deux peintres, sont à l’origine de cette provocation visuelle constante : « Cela m’a beaucoup inspirée à m’intéresser à la mode et aux expériences visuelles », explique l’artiste à Billboard. De la pop acidulée de l’ère « Planet Her » au hip-hop horrifique de l’ère « Scarlet », puis à l’esthétique camp infusée de funk de « Vie », Doja Cat est toujours là où on ne l’attend pas, dans un paysage musical trop souvent formaté.

Son flow est un cocktail de nonchalance et de précision chirurgicale, capable de passer d’un débit rapide à une mélodie douce en un instant. Ses textes passent de l’humour absurde (comme dans « Mooo ! ») à l’uppercut émotionnel (dans « Fuck the Girls »). Ses clips, oscillants entre kitsch assumé et futurisme audacieux, sont de véritables ovnis visuels. Ses chorégraphies mêlent twerk et ballet, créant une signature physique unique. Ses apparitions publiques, en Choupette au Met Gala ou couverte de 30 000 cristaux Swarovski au défilé Schiaparelli, sont de vrais happenings qui renforcent son image d’icône mode. Elle collabore régulièrement avec des créateurs comme Donatella Versace ou Olivier Rousteing, et a même lancé sa propre ligne de cosmétiques, « Hot Pink », en 2024.

Son influence dépasse la musique : elle inspire une génération de jeunes artistes et influence la mode, la danse et la culture numérique. « Elle a une telle énergie et une telle vision créative que son impact se fera sentir pendant très longtemps », promet The Weeknd. En devenant la rappeuse qui fait de la musique pop et vice versa, en imposant son style authentique, en assumant son rôle d’icône absurde de la culture numérique, et en forçant le mainstream à devenir plus éclectique, Doja Cat a brisé les conventions. Ses tubes sont devenus la bande-son de millions de vidéos sur TikTok, et ses looks sont imités par des fans du monde entier. Qu’on aime ou qu’on déteste, elle ne laisse personne indifférent, et c’est peut-être là sa plus grande force : créer un impact durable sur une industrie souvent trop lisse.


Source:20 Minutes News


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