Près de trente ans après la sortie du film original Anaconda, le prédateur (1997), Sony Pictures a relancé la franchise en 2025 avec un remake qui se voulait à la fois hommage et satire. Le résultat, porté par un casting cinq étoiles — Jack Black, Paul Rudd, Thandiwe Newton et Steve Zahn — n'est malheureusement pas à la hauteur des attentes. Pourtant, l'idée de départ était séduisante : les scénaristes Tom Gormican et Kevin Etten ont choisi une approche méta, où les personnages principaux, amis d'enfance en pleine crise de la quarantaine, décident de tourner eux-mêmes une version indépendante d'Anaconda, le film qu'ils adoraient dans leur jeunesse. Mais si les premières minutes amusent, le soufflé retombe vite, et seul un caméo surprise de Jennifer Lopez après l'épilogue parvient à réveiller l'intérêt des fans du film original.
Le contexte : une époque de reboots et de nostalgie
Hollywood traverse une crise d'inspiration, avec des suites, spin-off et remakes qui envahissent les salles. Après Sinners et Évanouis, rares sont les projets originaux qui émergent. Le remake d'Anaconda s'inscrit dans cette vague, mais avec une particularité : il revendique son statut de meta-comédie. Le pari est risqué, car le public est de plus en plus blasé face à ces resucées. Pourtant, le film de 1997, réalisé par Luis Llosa, a laissé une empreinte indélébile dans la culture pop, grâce à son ambiance de survival horrifique, ses effets spéciaux kitsch et surtout la performance mémorable de Jon Voight en chasseur de serpents avec un accent inimitable. Le succès du film (plus de 136 millions de dollars de recettes mondiales) a engendré trois suites directes en vidéo et un crossover avec Lake Placid. Le remake de 2025, avec un budget modeste, tente de renouveler le concept en le transposant dans une comédie de copains.
Un casting de rêve pour une comédie bancale
Tom Gormican, connu pour avoir écrit et réalisé The Unbearable Weight of Massive Talent (2022) avec Nicolas Cage, maîtrise l'art du méta. Avec Kevin Etten, il imagine un scénario où Griff (Paul Rudd), Doug (Jack Black), Claire (Thandiwe Newton) et Kenny (Steve Zahn), quatre amis d'enfance, se retrouvent en Amazonie pour tourner leur propre version d'Anaconda. Griff prétend avoir acquis les droits du film, mais en réalité, ils tournent un bootleg illégal. Rapidement, la réalité rattrape la fiction : des serpents géants les menacent, et leur tournage vire au cauchemar. Le casting est un atout indéniable : Jack Black recycle son personnage survolté, ce qui pourra en agacer certains, mais il reste fidèle à son registre comique. Paul Rudd incarne le leader charismatique avec son humour pince-sans-rire, tandis que Steve Zahn, fidèle à ses personnages de loosers attachants, apporte une touche de tendresse. Thandiwe Newton, elle, surprend en jouant un rôle plus léger et décalé que ses habituels rôles dramatiques (Westworld, Crash).
Les vingt premières minutes prometteuses… puis l'essoufflement
La première demi-heure du remake d'Anaconda est efficace : les dialogues sont vifs, les références cinéphiles abondent et l'autodérision fait mouche. On reconnaît la patte de Gormican, qui avait déjà joué sur la méta-fiction avec Nicolas Cage. Mais dès que le groupe arrive en Amazonie, le film perd son cap. L'action piétine, les scènes se répètent, et la promesse d'une satire du cinéma de genre s'évanouit. Le dresseur de serpents (interprété par un acteur non crédité pour ne pas gâcher la surprise) est sous-exploité, et les tentatives d'horreur tombent à plat faute de tension. Le film semble incapable de choisir entre la comédie pure et le survival, et finit par n'être ni l'un ni l'autre de manière convaincante. Quelques idées de mise en scène (plans subjectifs de serpents, jeux de miroirs) ne sauvent pas un scénario qui tourne en rond.
Le fan service : Ice Cube et surtout Jennifer Lopez
Le dernier acte du film introduit un premier caméo : celui d'Ice Cube, qui reprend son rôle du chasseur de serpents du film original. Son apparition, brève mais bienvenue, ravira les nostalgiques. Mais la vraie surprise arrive après l'épilogue, alors que le générique de fin semble sur le point de démarrer. Un carton présente ce que deviennent les personnages principaux (Claire et Cliff se marient, Kenny apprend enfin à faire pipi debout, un running gag du film). Soudain, on frappe à la porte de Doug (Jack Black). Celui-ci ouvre et tombe sur… Jennifer Lopez jouant son propre rôle. Dans une scène hilarante, elle lui propose de mettre en scène un remake officiel d'Anaconda, justifiant ainsi le droit moral de la star à relancer la franchise. Doug s'évanouit de surprise. Ce caméo, totalement inattendu, est le moment le plus mémorable du film. Il rappelle que Jennifer Lopez, actrice principale de l'original (aux côtés de Jon Voight et Ice Cube), n'a jamais tourné le dos à ses racines. Cette apparition fait office de clin d'œil aux fans et, pour beaucoup, sauve un film qui peinait à convaincre.
Un bilan mitigé mais une curiosité pour les amateurs de méta
Le remake d'Anaconda (2025) ne restera pas dans les annales du cinéma. Il souffre d'un rythme inégal, d'un second acte laborieux et d'un manque d'ambition dans sa mise en scène. Pourtant, les vrais fans du film original y trouveront des clins d'œil savoureux, surtout dans les dernières minutes. Le pari méta, s'il n'est pas totalement rempli, montre que les scénaristes avaient du cœur à l'ouvrage. Le casting, même sous-exploité, offre des moments de pure comédie, notamment grâce à Paul Rudd et Jack Black. Thandiwe Newton étonne dans un registre plus comique qu'à l'accoutumée. Et Steve Zahn, fidèle à lui-même, vole la vedette dans les scènes de panique. Quant au caméo de Jennifer Lopez, il restera comme le fait marquant de cette relecture maladroite mais attachante. Alors, si vous décidez de voir le film, ne partez pas avant la fin du générique : la surprise en vaut la peine. Le cinéma méta a encore de beaux jours devant lui, même quand le support initial manque de constance.
En somme, ce remake d'Anaconda s'inscrit dans la tendance des films qui jouent avec leur propre légende, à l'instar de The Unbearable Weight of Massive Talent ou de JCVD. Mais là où ces œuvres réussissaient à mêler fiction et réalité avec brio, le nouveau Anaconda se contente d'effleurer le concept. Les spectateurs en quête de nostalgie seront servis, mais ceux qui espéraient un renouveau du film de serpent géant resteront sur leur faim. Les producteurs misent sans doute sur le bouche-à-oreille provoqué par la surprise J. Lo pour attirer le public. Peut-être que ce chant du cygne méta ouvrira la voie à des projets plus audacieux. En attendant, le message est clair : restez bien après l'épilogue.
Source:MSN News
